Rencontres métaphysiques II : Sur les rives noires du lac de Pormenaz

Méditation, Lac de Pormenaz, juillet 2021.
Sombre est l'origine d'un dessein lumineux. Du chaos la vie prend forme. C'est la graine de vie, la cellule souche qui donne naissance à l'entièreté.

Je me souviens maintenant, je me souviens du dessein des anciens. C’était un souhait commun de construire un monde dans lequel l’Être pourrait s’exprimer tout entier.  
 
Je le sais maintenant, dans ce monde humain il n’y a pas de place pour les êtres comme moi. Non pas car on m’y refuse une place, mais simplement car on ne m’en avait pas prévu une. Il est de ma volonté alors de repousser les limites de ce que le monde peut accueillir aujourd’hui.  
 
Je le vois maintenant, ce sont mes nuits qui forgent mes jours.  
On dit que le monde est né du chaos, il en est de même pour moi. Le chaos me façonne et me donne le pouvoir de créer.  J’admets qu’il est plus confortable de rester dans la clarté, mais c’est du chaos que le monde naquit et ainsi toute lumière provient de lui. Les sons, les couleurs et les formes, c’est dans l’ombre qu’elles dorment et c’est en explorant les ténèbres que nous apprenons à défier les limitations et les normes.  
 
 
 
Je m’efforce de voir et comprendre ce qu’il est sage d’entreprendre ou d’apprendre. Apres tout ce temps, ces lieux, ces blessés, ces blessures – dans l’histoire de la Terre et de l’humain, ou sur mon propre chemin – que voulons-nous faire de notre monde demain ?  
 
Pour le moment je tends à m’étendre. Mes sens ne me suffisent plus, j’ai besoin de dépasser mon propre corps et paradoxalement, de m’ancrer plus que jamais dans la matière pour apprendre. J’ai besoin d’expérimenter, je veux voir à travers les yeux des lieux, à travers les yeux du temps. J’estime m’être assez transformé pour pouvoir enfin m’adapter au monde d’une façon convenable. Je dois maintenant m’y créer une place, pour moi-même mais aussi pour lui permettre d’accueillir, ce que pour l’instant il ne pouvait pas contenir.   

Sur les rives du lac

Il a été difficile de trouver en moi une force suffisante pour transformer les choses autour de moi, de repousser les limites afin de créer dans le concret. Aveuglé par l’illusion d’avoir besoin de trouver quelque chose d’extérieur me permettant de m’épanouir, j’ai finalement découvert que tout était là, en moi.  
 
J’ai découvert qu’elle avait toujours été là : cette source, cet îlot précieux dans le sanctuaire le plus profond de mon être. C’est ce point-là drapé par le vide, le rendant intouchable, c’est ce point immuable, sensible et puissant qui est la source de tout ce que je peux manifester, tout ce que je peux être et créer. Les lieux, les temps et l’histoire m’enseignent la vie et me révèlent à chaque fois un peu plus la comptine oubliée des éclats de mon âme.  
 
J’ai vu au lac de Pormenaz la richesse de mon être, le grand trésor de l’univers exprimé en ce lieux si spécial. Je l’ai vue au matin comme l’œil d’un cyclone, comme un fantôme qui dans le silence fait rage. Comme un cœur qui bat le rythme de la vie et cela pour l’éternité.  
 
Sur les rives noires du lac, mes pieds dans la tourbe et sur les rochers, tout semblait calme et pourtant, l’instant m’a enseigné son ambivalence. Il m’a montré la guerre qui se tenait pendant que notre planète tournait. Les fleurs et les parfums doux, la tourbe sombre et les poissons venus mourir à mes pieds…le ciel et les montagnes venu arracher au ciel le paradis, le jour qui se levait et offrait la chaleur de l’été. La neige était immaculée et l’eau glacée, glaçante mais reposante, miroitante et pourtant sombre dans ses fonds. L’entièreté de ce moment parlait de la vie, de son ambivalence, sa complexité, sa justice dont le concept est difficile à saisir mais surtout à accepter.  
 
La vie est belle, mais si cruelle à la fois… C’est pourtant dans ce champ de bataille que j’ai trouvé le jardin d’abondance, la porte qui me menait au trésor. 
 
C’est une réalité, la vie n’a pas de pitié, il nous faut accepter ce fait. Mais l’humain lui en as. J’ai de la pitié, surtout de l’empathie et je me demande que faire avec ça. Je me demande comment laisser place au chaos tout en préservant l’équilibre. Je me demande comment vivre dans la paix sans que le chant du monde ne nous fasse tomber. Il m’est évident maintenant de devoir accepter cette part de cruauté, de lutte naturelle. Je vois qu’il se tient au-delà de l’injustice apparente un équilibre dans la nature et dans le modèle humain. Mais c’est est à nous ensuite de canaliser, de nous approprier le courant de la vie pour le maîtriser. Cela passe par un face à face avec cette loi de l’Univers : « tout ce qui existe, existe. » la paix tout comme la guerre, la haine et la violence tout comme l’amour et les douces étreintes. Il est de notre ressort ensuite d’évoluer parmi cet ensemble, abandonnant notre morale, nos jugements existentiels ainsi que nos idéaux pour saisir notre propre liberté, puis créer un monde à l’image de ce qu’on lui aura apporté.  

 
J’ai accueilli le chaos en moi. C’est un espace qui permet, sans jugement ni morale, à toute chose d’exister. Il nous permet d’être libre et de saisir notre liberté. La liberté d’expérimenter, de créer, « d’être » simplement sans avoir besoin de vivre dans la distorsion et la sur-adaptation. 
 
La richesse infinie est là : dans le chaos qui nous entoure, dans l’œil du cyclone, dans l’esprit du lac de Pormenaz. J’y ai laissé mon esprit et mon corps s’étendre, j’y ai jeté mon ancre et laissé mon énergie s’y rependre. Je fais désormais corps avec l’obscurité, avec mon obscurité, avec l’abondance, trésor aux richesses inépuisables duquel tout part et tout reviens. Je participerais à la création du monde de demain. Créer sans nier la réalité, un monde conçu pour la diversité.  

ELOHRIËL

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